Cinq petits cochons, Les Petits meurtres d'Agatha Christie. Dir. Éric Woreth (2010)
Patricia DORVAL
English Description
Time code: 1.20.14
Language of the quotation(s)/reference(s) in the film: French
Commissaire Larosière confronts Alice, Varga’s mistress, claiming, “You were Juliet but Varga was not Romeo.” To which she retorts scornfully, “Again one of your ridiculous metaphors.”
The reference is scant compared to Agatha Christie’s novel on which the epidode is based. The novel contains no less than six fully fleshed-out mentions of Shakespeare, mostly Romeo and Juliet, Elsa Greer being consistently compared to Juliet.
1) Getting up, he crossed to the bookcase. Taking out a volume he opened it, turned the pages, and then read out:
“‘If that thy bent of love be honourable,
The purpose marriage, send me word tomorrow
By one that I’ll procure to come to thee,
Where and what time thou wilt perform the rite,
And all my fortunes at thy foot I’ll lay,
And follow thee my lord throughout the world.’”
“There speaks love allied to youth, in Juliet’s words. No reticence, no holding back, no so-called maiden modesty. It is the courage, the insistence, the ruthless force of youth. Shakespeare knew youth. Juliet singles out Romeo. Desdemona claims Othello. They have no doubts, the young, no fear, no pride.”
Poirot said thoughtfully:
“So to you Elsa Greer spoke in the words of Juliet?”
“Yes. She was a spoiled child of fortune—young, lovely, rich. She found her mate and claimed him—no young Romeo, a married, middle-aged painter. Elsa Greer had no code to restrain her, she had the code of modernity. ‘Take what you want—we shall only live once!’”
He sighed, leaned back, and again tapped gently on the arm of his chair.
“A predatory Juliet. Young, ruthless, but horribly vulnerable! Staking everything on the one audacious throw. And seemingly she won… and then—at the last moment—death steps in—and the living, ardent, joyous Elsa died also. There was left only a vindictive, cold, hard woman, hating with all her soul the woman whose hand had done this thing.”
His voice changed:
“Dear, dear. Pray forgive this little lapse into melodrama. A crude young woman—with a crude outlook on life. Not, I think, an interesting character. Rose white youth, passionate, pale, etc. Take that away and what remains? Only a somewhat mediocre young woman seeking for
another life-sized hero to put on an empty pedestal.” (book 1, chap. 4 “The Old Solicitor”, pp. 38-39)
The lines are from Romeo and Juliet, II.1, 185-90. In the Oxford Shakespeare:
If that thy bent of love be honourable,
Thy purpose marriage, send me word tomorrow,
By one that I’ll procure to come to thee,
Where and what time thou wilt perform the rite,
And all my fortunes at thy foot I’ll lay
And follow thee, my lord, throughout the world.
2) To Edmunds, the clerk, Elsa Greer was a hussy, no more, no less.
To old Mr. Jonathan she was the eternal Juliet. (book 1, chap. 4 “The Old Solicitor”, p. 40)
3) He felt a strange pang. It was, perhaps, the fault of old Mr. Jonathan, speaking of Juliet…No Juliet here—unless perhaps one could imagine Juliet a survivor—living on, deprived of Romeo…Was it not an essential part of Juliet’s makeup that she should die young?
Elsa Greer had been left alive… (book 1, chap. 8 “This Little Pig Had Roast Beef”, p. 103)
4) “I think I’ve always had a single-track mind.” She mused sombrely. “I suppose—really—one ought to put a knife into oneself—like Juliet. But—but to do that is to acknowledge that you’re done for—that life’s beaten you.” (book 1, chap. 8 “This Little Pig Had Roast Beef”, pp. 106-107)
5) He unfolded the faded sheets.
Elsa—you wonderful child! There never was anything as beautiful. And yet I’m afraid—I’m too old—a middle-aged, ugly tempered devil with no stability in me. Don’t trust me, don’t believe in me—I’m no good—apart from my work. The best of me is in that. There, don’t say you haven’t been warned.
Hell, my lovely—I’m going to have you all the same. I’d go to the devil for you and you know it. And I’ll paint a picture of you that will make the fat-headed world hold its sides and gasp! I’m crazy about you—I can’t sleep—I can’t eat. Elsa—Elsa—Elsa—I’m yours for ever—yours till death. Amyas.
Sixteen years ago. Faded ink, crumbling paper. But the words still alive—still vibrating….
He looked across at the woman to whom they had been written.
But it was no longer a woman at whom he looked.
It was a young girl in love.
He thought again of Juliet…. (book 1, chap. 8 “This Little Pig Had Roast Beef”, p. 110)
6) Besides, just at that time, I’d suddenly begun to discover the intoxication of words. Things that I read, scraps of poetry—of Shakespeare—would echo in my head. I remember now walking along the kitchen garden path repeating to myself in a kind of ecstatic delirium “under the glassy green translucent wave”… It was just so lovely I had to say it over and over again. (Book 2, Narrative of Angela Warren, p. 187)
The line if a misquotation from John Milton’s Masque of Comus (1634) that reads, “Under the glassy, cool, translucent wave”
Description en français
Localisation dans le film : 1.20.14
Langue de la citation/référence dans le film : français
Le commissaire Larosière confronte Alice, la maîtresse de Varga, expliquant : « Vous étiez Juliette mais Varga n’était pas Roméo ». Ce à quoi l’accusée raille: « Encore une de vos métaphores ineptes ».
La référence est ténue comparée au roman d’Agatha Christie sur lequel est basé cet épisode. Le roman, lui, contient non moins de six références largement développées à Shakespeare, notamment à Roméo et Juliette, Elsa Greer étant identifiée de façon répétée à l’héroïne.
1) Se levant, il alla prendre dans la bibliothèque un livre qu’il ouvrit. Il le feuilleta, cherchant une page, et, l’ayant trouvée, lut à haute voix :
Si ton amour incline aux vraies voies de l’honneur,
S’il veut le mariage au matin fais-moi dire
Par celui que je trouverai moyen de t’envoyer
Le lieu, l’heure où tu veux accomplir le saint rite !
Lors, je déposerai tout mon sort à tes pieds
Et te suivrai, ô mon seigneur, de par le monde !
Il ferma le livre.
― Voilà, dit-il, comment la jeunesse et l’amour s’expriment par la bouche de Juliette. Vous ne trouverez là ni réserve, ni réticence, ni la traditionnelle pudeur que l’on prête aux jeunes filles. Il y a, par contre, tout le courage, toute la sauvage volonté, toute la force, tout l’élan de la jeunesse. Shakespeare la connaissait bien. Juliette choisit Roméo. Desdémone revendique Othello. Cela sans débat intérieur. Elles sont jeunes : elles ignorent le doute, la crainte, l’orgueil.
Poirot réfléchissait :
― Ainsi, fit-il, pour vous, Elsa Greer a tenu à Amyas le langage de Juliette ?
La réponse fut catégorique.
― Je le crois. C’était une enfant gâtée. Riche, jeune et jolie. Elle rencontre celui dont elle rêvait. Elle le prendra. Ce n’est pas un Roméo de quinze ans. C’est un homme dans la force de l’âge. Il est marié. Qu’importe ! Il n’y a rien qui puisse la retenir. Aucune loi morale. Sa devise, sa règle de vie, c’est le moderne : « Fais ce qu’il te plaît ! On ne vit qu’une fois ! »
Le vieux Jonathan, qui s’était remis à pianoter sur le bras de son fauteuil, s’interrompit quelques secondes et poursuivit :
― C’était une Juliette de proie. Sans pitié, mais je le répète, si vulnérable !... Tout ce qu’elle possède, elle le joue sur le coup ! Tout d’abord, il semblera qu’elle a gagné… Et puis, à la dernière minutes, la Mort entrera… et ce sera aussi la mort de la première Elsa. Celle-là était ardente, joyeuse, heureuse de vivre. Il ne restera plus qu’une femme froide et pure, avide de vengeance, haïssant de tout son être celle qui a tué l’homme qu’elle aimait.
Sur un ton différent, il ajouta :
― Vous me pardonnerez, monsieur Poirot, cette brève incursion dans le mélodrame. Elsa ne fut plus désormais qu’une jeune femme considérant la vie comme une lutte sans merci. Un caractère, mais, à mon sens, dépourvu d’intérêt. « Jeunesse, rose et blanche, ardente et pâle », etc. Supprimez ça ! Que reste-t-il ? Une jeune personne assez médiocre qui cherche quelque nouveau héros, grandeur nature, à placer sur un socle devenu vacant… (« Le Vieil avoué », p. 42-44)
Les vers sont tirés de Roméo et Juliette, II.1, 185-90.
2) Pour Edmunds, le principal clerc, Elsa Greer était une grue, rien d’autre.
Cette même Elsa Greer, le vieux Jonathan retrouvait en elle la Juliette éternelle ! (« Le Vieil avoué », p. 44)
3) Poirot éprouvait un sentiment curieux. Sans doute à cause du vieux Mr. Jonathan, qui lui avait parlé de Juliette. Il n’y avait pas de Juliette dans cette pièce, à moins d’admettre une Juliette survivant à Roméo. Mais le personnage de Juliette n’exigeait-il pas qu’elle mourût jeune ? (« Le Troisième mangeait du rôti », p. 111).
4) Je n’ai jamais eu l’esprit très compliqué… On devrait pouvoir… s’enfoncer un poignard dans le cœur… Comme Juliette… Seulement, ça, c’est reconnaître qu’on est battue, que la vie nous a vaincue… (« Le Troisième mangeait du rôti », p. 111).
5) Poirot déplia la feuille de papier et lut :
Elsa, mon enfant adorée ! La plus belle créature qu’il y ait jamais eu sur terre, c’est toi !... Et je suis tremblant de peur… Je suis trop vieux ! Un homme mûr, avec un caractère détestable… Et qui n’a jamais su se fixer !... Ne me fais pas confiance, ne me crois pas ! Je ne vaux rien, en dehors de mon art… à qui je donne le meilleur de moi-même !... Alors, ne dis pas que je ne t’ai pas prévenue !
Pourtant, mon amour, tu seras mienne malgré tout. Pour toi, je me damnerais et tu le sais bien ! Et je ferai de toi un portrait qui coupera le souffle à cet imbécile d’univers !... Je suis fou de toi ! Je ne dors plus, je ne mange plus !... Elsa, mon Elsa ! Je suis à toi… Jusqu’à la mort !
AMYAS
Il y avait seize ans que ces lignes avaient été tracées. L’encre à demi effacée, le papier jauni mais les mots, brûlés de passion, restaient vivants.
Poirot tourna son regard vers celle qui les avait inspirés.
Mais celle qu’il vit, n’était plus la femme de tout à l’heure.
C’était une jeune fille amoureuse.
Et, de nouveau, Poirot pensa à Juliette. (« Le Troisième mangeait du rôti », p. 118-19).
6) De plus, à ce moment-là, je venais de découvrir la griserie des mots. Des choses que j’avais lues, des pièces de vers, du Shakespeare surtout, chantaient dans ma tête. Je me revois dans une sorte d’extase, cette phrase qui m’enchantait :
Sous le vert vitreux et translucide des vagues… (« Récit d’Angela Warren », p. 205)
Ce vers est une citation erronée du Masque de Comus, de John Milton (1634).



